Le rêve de Charles Quint ,

 un château impérial à Luxembourg

 

 Concernant le château Renaissance, érigé par le comte Pierre-Ernest de Mansfeld, bien des questions restent ouvertes. Ce château disparu ne cesse de défier les chercheurs à trouver de nouvelles explications. Voici que je présente la mienne, laquelle a tous les atouts de surprendre.

Le comte Pierre-Ernest de Mansfeld s’était confortablement et durablement établi à Bruxelles, et c’est aussi là qu’avait choisi de résider le dernier en vie de ses fils légitimes, le comte Charles de Mansfeld.

Pierre-Ernest y restait après sa nomination au poste de gouverneur du duché de Luxembourg et des comtés de Chiny et Namur. Alors pourquoi, pour qui, le château La Fontaine à Clausen, pourquoi un tel déploiement de luxe, puisque ce n'était qu’à l’âge de 77 ans, qu’il se retira finalement à Luxembourg ? Pourquoi légua-t-il, dans son testament de 1602, ce magnifique château à la couronne d’Espagne ? On suppose que le domaine était grevé de dettes. Peut-être, mais il n’existe aucun document à ce sujet ; par contre, dispose-t-on de la preuve d’une dette du roi Philippe II d’Espagne, jusqu’au paiement de laquelle Mansfeld et ses successeurs avaient la jouissance de la seigneurie de Vianden.

 

Dans sa correspondance avec sa sœur Marie d’Hongrie, l’empereur Charles Quint évoque « le parc et la forêt », où il souhaitait se promener, sans préciser l’endroit. D’autre part, le comte de Mansfeld, dans son Journal de Captivité, écrit à Vincennes entre 1552 et 1554, fait à plusieurs endroits références à ses « particuliers affaires », sans révéler ce qu’il entend par là. Ces affaires sont d’un côté mises en relation avec Charles Quint, et d’autre part, à la fin du Journal de captivité, avec Luxembourg.

 

D’où ma question : Le château La Fontaine était-il prévu de prime abord comme résidence de plaisance pour Charles Quint ? Réponse : Non, puisque le château ne fut construit qu’en 1563, alors que Charles Quint était décédé en 1558, donc cinq ans plus tôt.

Cependant il n’existe aucun témoignage du début des travaux, ni de description du déroulement des constructions. A penser aux infrastructures préliminaires – la taille des rochers, la déviation et canalisation de l’Alzette, la capture des sources et l’installation de fontaines, le creusement de fondations, l’aplanissement du terrain en terrasses, les plantations, la construction de l’enceinte délimitant le parc du château et du mur entourant la forêt au gibier, et même peut-être celle d’un pavillon de chasse, également destiné à Charles Quint, – tous ces multiple travaux peuvent avoir précédé l’édification du prestigieux château-Renaissance, qui ne débuta que vers 1563. Rien ne s’oppose donc à la probabilité que le concept et l’élaboration des plans datent déjà des années trente du XVIe siècle et que la grosse œuvre ait été entamée immédiatement après la nomination de Mansfeld au poste de gouverneur du duché, en 1545.

En considération des richesses y amassées – les collections de tableaux historiques et de portraits de souverains, de sculptures (dont celles des premiers empereurs romains), d’antiquités, d’oiseaux et plantes exotiques provenant de l’au-delà de l’Atlantique – ainsi que de l’excellence du finissage, tout parle en faveur de ma thèse, que ce château fût conçu pour Charles Quint, et payé principalement avec l’or de la Nouvelle-Espagne.

C’est grâce à sa ténacité et à sa fidélité vis-à-vis de son souverain, que le gouverneur Mansfeld a été le fier exécuteur de cette œuvre, décorée à la fin, à juste titre, de ses armoiries et de sa devise : Force m’est trop.